5,9 milliards d’images : et votre peur est mal placée

5,9 milliards d’images : et votre peur est mal placée

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5,9 milliards d’images : et votre peur est mal placée

Un outil IA graphique analyse un comportement mondial de plus de 5,9 milliards d’images. Votre portfolio, vos photos, votre travail, tout ça représente une fraction infinitésimale et anonyme d’un ensemble colossal. La peur du vol d’image repose sur une méconnaissance fondamentale de ce qu’un modèle génératif fait réellement.

5,9 milliards d’images. C’est l’ordre de grandeur de LAION-5B, le jeu de données sur lequel plusieurs modèles génératifs ont été entraînés. Les chercheurs qui ont réussi à faire ressortir d’un modèle des images d’entraînement presque à l’identique (Carlini et coll., 2023) y sont surtout parvenus avec des images répétées des centaines de fois dans les données : des œuvres célèbres, des logos, des visuels viraux. Votre portfolio, même excellent, même largement diffusé, pèse une fraction infinitésimale de cet ensemble. Votre travail est anonyme pour une IA, pas parce qu’il n’a pas de valeur, mais parce que l’échelle rend toute attribution individuelle improbable.

Ce que le modèle apprend, ce ne sont pas des images. Ce sont des comportements visuels. Il comprend ce que « lumière dorée en fin de journée » produit comme résultat dans des milliers de contextes différents. Il sait ce que « composition en tiers » implique. Il connaît les conventions du portrait d’entreprise, de l’affiche de festival, de l’identité visuelle minimaliste, parce que ces conventions existent dans des millions d’exemples. Ces exemples ne viennent pas du domaine public : ils ont été moissonnés sur le web courant, dans les banques d’images, les boutiques en ligne, les portfolios. C’est là que le débat sur le consentement est légitime. Mais ce que le modèle en retient, ce sont des régularités partagées par des milliers d’images, pas la signature de l’une d’elles.

L’outil reproduit d’abord ce qui est le plus répandu : les références culturelles partagées, les conventions que tout le monde a déjà vues. Exactement comme les artistes ont toujours fonctionné. Comme le faisaient déjà les illustrateurs et les peintres avant l’IA, il n’y a pas de différence fondamentale.

Le véritable problème éthique n’est pas dans le modèle, il est dans la demande. Si vous demandez spécifiquement à un outil de reproduire le style d’un artiste contemporain identifiable, vous lui fournissez un comportement cible précis. L’outil va tenter d’y répondre, parce que c’est ce que vous lui avez demandé. La responsabilité de cette demande vous appartient entièrement. L’IA n’a pas d’intention. Elle répond à la vôtre.

La désinformation par méconnaissance est particulièrement active sur ce sujet. Des illustrateurs et des peintres inquiets se font présenter les choses d’une façon individualisante, « l’IA a copié ton style », alors que la réalité est bien plus diffuse et complexe. Cette façon de présenter les choses génère de la peur, fait des followers, et nourrit un débat émotionnel qui ne fait pas avancer la conversation.

Ce n’est pas dire que les enjeux éthiques n’existent pas. Ils existent, mais ils se situent dans les choix humains, des demandes formulées, des utilisations commerciales non déclarées. Pas dans le fonctionnement technique d’un modèle qui n’a aucune conscience de votre existence. La responsabilité de ce qu’on fait avec l’IA est entièrement humaine : c’est ce que nous explorons dans notre article sur copier un style avec l’IA : est-ce du plagiat ?

Écrit par un humain, corrigé et mis en page par une IA. L’humanité n’y perd rien.

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