Une marque a une voix avant d'avoir un logo

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Une marque a une voix avant d'avoir un logo

Une organisation peut avoir une identité visuelle impeccable et rester méconnaissable. On lit le site, l'infolettre, la réponse du service à la clientèle, et on découvre trois organisations différentes. L'image dit une chose, les mots en disent une autre. Et c'est toujours les mots qu'on croit.

Une organisation peut avoir une identité visuelle impeccable et rester méconnaissable. Le logo est juste, la palette est cohérente, la typographie est bien choisie. Puis on lit le site, l'infolettre, la réponse du service à la clientèle, et on découvre trois organisations différentes. L'image dit une chose, les mots en disent une autre. Et c'est toujours les mots qu'on croit.

On lit une marque plus qu'on ne la regarde

Faites le compte de ce que votre organisation produit en une année. Des pages web, des infolettres, des offres d'emploi, des réponses par courriel, des publications sociales, des accusés de réception automatiques, des formulaires, des messages d'erreur, des affiches, des communiqués. La quasi-totalité de ce volume est constituée de mots. Le logo, lui, apparaît en haut à gauche et personne ne le regarde après la première seconde.

Le rapport de force est donc inverse à celui des budgets. On investit massivement dans un signe que le public traite comme un simple repère d'identification, et presque rien dans la matière qui, elle, occupe l'essentiel du temps d'exposition. Ce déséquilibre explique une bonne part des identités qui « ne prennent pas » : le signe est neuf, la voix est restée la même, et le public perçoit surtout la voix.

Il faut aussi rappeler une évidence : la voix d'une organisation n'est pas produite par le service des communications. Elle est produite par tout le monde. La personne qui répond aux plaintes, celle qui rédige les offres d'emploi, celle qui configure le message automatique de confirmation. Si ces personnes n'ont reçu aucun outil, elles écrivent chacune avec leur propre voix, et c'est parfaitement normal. Le résultat est une marque qui parle à quinze voix.

Le nom est le premier objet de design

Avant la voix, il y a le nom, et le nom est un objet de design à part entière, avec des contraintes bien plus dures que celles d'un logo. Un logo peut être redessiné. Un nom, une fois installé, ne se change presque jamais sans perdre une partie de ce qu'on avait construit.

Un bon nom doit franchir une série d'épreuves très concrètes. Se prononcer sans hésitation à la première lecture. S'épeler au téléphone sans avoir à dire « avec deux L ». Survivre à la troncature quand il devient un identifiant sur une plateforme. Ne pas se confondre avec un concurrent connu. Exister comme nom de domaine dans une forme acceptable. Et, en contexte québécois, fonctionner correctement dans les deux langues qui circulent autour de lui, sans devenir ridicule ou embarrassant dans l'une des deux.

Le test le plus révélateur est le plus banal : faites-le dicter au téléphone à quelqu'un qui ne le connaît pas, et regardez combien de fois il faut le répéter. Un nom qui exige trois répétitions coûtera à votre organisation, chaque jour, pendant des années. Aucune identité visuelle ne compense cela.

Pourquoi les adjectifs ne servent à rien

La plupart des documents de marque définissent la voix par une liste d'adjectifs : « chaleureux, professionnel, accessible, innovant ». Prenez n'importe laquelle de ces listes et demandez-vous quelle organisation revendiquerait le contraire. Personne ne se décrit comme froid, amateur, hermétique et dépassé. Une définition que tout le monde peut signer ne distingue rien et ne guide personne.

Le problème est aussi opérationnel : un adjectif ne dit pas quoi écrire. Une personne à qui l'on demande d'être « chaleureuse » dans un courriel de refus de candidature ne sait pas si cela veut dire ajouter un point d'exclamation, tutoyer, ou allonger le message. Elle devine. Et deux personnes devineront différemment.

Ce qui fonctionne, ce sont des paires de contraste. Non pas « chaleureux », mais « chaleureux sans être familier ». Non pas « expert », mais « expert sans jargon ». Chaque paire contient une frontière, et c'est la frontière qui rend la consigne utilisable. Encore mieux : chaque paire doit s'accompagner d'un exemple écrit, une phrase correcte et une phrase à éviter, tirées de vos vrais contenus. Trois paires suffisent. Au-delà, plus personne ne s'en souvient.

Le même message, trois voix
Administrative

« Votre demande a été acheminée au service concerné. Un délai de traitement de 5 à 7 jours ouvrables est à prévoir. »

Familière

« C'est noté ! On revient vers toi super vite, promis. Merci pour ta patience 🙏 »

Claire et respectueuse

« On a bien reçu votre demande. Vous aurez une réponse d'ici une semaine. Si c'est urgent, écrivez-nous à cette adresse. »

Trois versions du même accusé de réception. Aucune n'est fautive. Elles ne décrivent simplement pas la même organisation. C'est ce choix-là qui constitue une voix de marque, et il doit être fait une fois pour toutes plutôt que réinventé à chaque message.

La voix se joue dans les petits textes

On travaille beaucoup les grands textes : la page « à propos », le communiqué, le manifeste. Ce ne sont pourtant pas eux qui construisent la perception. Ce qui la construit, ce sont les textes minuscules, ceux que personne ne considère comme de la rédaction : le libellé d'un bouton, le message affiché quand une recherche ne donne rien, la formulation d'une erreur de formulaire, le texte d'un accusé de réception automatique.

Ces textes arrivent presque toujours au pire moment de l'expérience, quand l'utilisateur est bloqué, pressé ou contrarié. C'est exactement là qu'une organisation révèle son rapport aux gens. « Erreur 400 : requête invalide » et « Ce numéro ne correspond à aucun dossier. Vérifiez les chiffres ou écrivez-nous » transmettent la même information technique et deux attitudes opposées.

Il y a une conséquence pratique à cela : la voix de marque ne se déploie pas en réécrivant la page d'accueil. Elle se déploie en faisant la liste des vingt textes les plus vus de votre organisation, ce qui inclut presque toujours des messages système que personne n'a jamais relus, et en les reprenant un par un. C'est un travail modeste, peu spectaculaire, et de très loin le plus rentable.

Écrire en français d'ici

Au Québec, la voix d'une marque se heurte à une question supplémentaire, souvent traitée par défaut : quel français ? Un contenu traduit littéralement de l'anglais s'entend immédiatement, même quand il est grammaticalement irréprochable. Les tournures sonnent importées, le rythme n'est pas le bon, certaines formules n'existent pas dans l'usage d'ici. Le public ne saura pas dire pourquoi, mais il sentira que ce n'est pas écrit pour lui.

La décision à prendre, et à écrire, porte sur quelques points concrets : tutoiement ou vouvoiement, et dans quels contextes précisément. Rédaction originale dans chaque langue ou traduction, selon les types de contenu. Traitement des anglicismes courants dans votre secteur, ceux qu'on garde parce que tout le monde les emploie et ceux qu'on refuse. Et le degré de proximité du registre, qui varie énormément selon qu'on s'adresse à un public municipal, à des abonnés culturels ou à des acheteurs industriels.

Ces décisions ne sont pas des questions de correction linguistique, ce sont des décisions de marque. Deux organisations irréprochables sur le plan de la langue peuvent occuper des positions très différentes selon la façon dont elles tranchent ces points.

Un outil qui tient sur une page

Le livrable le plus utile en identité verbale n'est pas un document de quarante pages. C'est une page recto verso que n'importe qui peut lire en deux minutes avant d'écrire. Elle contient trois paires de contraste avec un exemple correct et un exemple à éviter pour chacune. Une courte liste de mots que l'organisation emploie et de mots qu'elle n'emploie pas. La décision sur le tutoiement. Et trois textes modèles réels : un accusé de réception, un refus, une annonce.

Un document de cette taille est utilisé. Un guide de quarante pages est stocké. C'est toute la différence, et elle décide seule de l'efficacité réelle du travail. Le même raisonnement vaut d'ailleurs pour les chartes graphiques, dont le poids est souvent inversement proportionnel à l'usage qu'on en fait.

Une marque a donc une voix avant d'avoir un logo, parce que la voix commence dès la première fois que quelqu'un répond à un courriel au nom de l'organisation. La question n'est pas de savoir si vous en avez une : vous en avez déjà une, elle est simplement involontaire et inconstante. La choisir, c'est reprendre la main sur la moitié de ce que votre public perçoit. Nos articles sur ce que votre identité visuelle dit de vous et sur la différence entre un logo et une marque traitent de l'autre moitié. Si votre organisation parle à plusieurs voix, écrivez-nous : l'audit des vingt textes les plus vus se fait vite, et il est toujours instructif.

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